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FORMATION FOSTER & LITTLE

NOTIONS : Les Émotions

LES ÉMOTIONS

L'émotionnalité est un concept clé situé au cœur de notre sujet, l'amélioration des performances mentales. J'aime citer Jim Taylor, psychologue du sport, au Congrès de Préparation Psychologique de 2001 :

 

"Celui qui perd le contrôle de ses émotions, perd la compétition".

Ceci est vrai même quand la compétition consiste "simplement" en une prise en charge médicale. Pour être performant, il faut savoir se placer dans le meilleur mode de fonctionnement émotionnel. Pour Jim Taylor, le management émotionnel est le plus important des outils nécessaires afin de réussir, car les émotions sont aussi puissantes qu'immédiates. Vous pouvez être fortement motivé, avoir une grande estime de vous-même, un haut niveau énergétique et une bonne concentration sur la tâche à accomplir, un processus émotionnel négatif peut drastiquement diminuer votre performance.

 

Emotion vient du latin "e-movere", mettre en mouvement. Nous avons dans cette étymologie un premier indice qui définit les émotions comme une énergie dédiée au mouvement ou au changement, afin de réagir à une modification externe (ou interne). Charles DARWIN l'a défini en 1879 comme une faculté d'adaptation et de survie des organismes vivants. Les émotions ont la double fonction de placer un individu dans le "bon" processus dynamique interne afin d'effectuer l'action à venir ("bonne" d'un point de vue limbique, émotionnel, qui est parfois voire souvent contradictoire avec notre cerveau d'homo sapiens sapiens, le lobe pré-frontal) et de nous aider à nous remémorer les événements importants de notre vie, les "positifs" comme les "négatifs" (encore une fois, d'un point de vue limbique). Définissons simplement les émotions comme une réaction d'activation de processus chimiques et neurologiques automatiques, face à un stimulus externe ou interne, créant ainsi une structure interne dynamique. Pour de nombreux auteurs, les sentiments sont la transcription de ces émotions sur le plan de la conscience, avec la production d'une imagerie mentale. Les émotions sont comme un signal sur notre tableau de bord cognitif : elles nous alertent sur une problématique en cours. Charge à nous de continuer à rouleur sans en tenir compte, ou à nous arrêter et comprendre pourquoi cette alarme s'est activée (surtout si elle a une connotation négative : tristesse, colère, dégoût...). L'autre problème étant que, si l'on a jamais débuté le moindre développement personnel ni travaillé sur ses émotions, le tableau de bord semble un peu incompréhensible de prime abord...

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Nous pouvons considérer notre cerveau comme un système adaptatif qui fonctionne sur un mode sélectif (et non instructif comme un ordinateur). Quand il se forme et se développe tout au long de notre vie, il abandonne les circuits non nécessaires, à la faveur de connections réussites et répétées, renforcées par un apprentissage cohérent et récompensé (E.FOTTORINO, Voyage dans le cerveau, 1998). La sélection des informations encryptées est effectuée grâce au potentiel émotionnel. Quand un événement survient, notre système limbique va l'encrypter en fonction de sa charge émotionnelle. C'est aussi vrai pour des événements de grande ampleur que pour certains que nous pourrions considérer comme minimes d'un point de vue conscient. L'arrivée de l'émotion sur le champs de la conscience va créer un ensemble de pensées, remémorrations, constructions mentales, parfois même avec la mise en route de comportements automatiques.

 

Les émotions sont physiques, physiologiques et psychologiques. En fait, il semblerait même que l'aspect physique des émotions soit préalable à leur arrivée sur le champs de conscience. En effet, notre cerveau a évolué selon trois phases distinctes (concept du cerveau triunique) :

- Le cerveau dit "reptilien", qui n'est pas un cerveau de reptile mais plutôt le reliquat de notre ancètre commun, est apparue primairement. Il est particulièrement destiné à gérer nos capacités de survie absolue en activant le mode combat ou fuite. C'est un cerveau axé survie et fonctionnement interne de notre organisme.

- Le cerveau limbique (paleo et néo-limbiques) sont apparues par la suite, tout d'abord en créant un lien olfactif direct, permettant aux mamifères de l'époque de sentir une odeur particulière et adapter son comportement (fuite, combat ou recherche). C'est le centre de commande de nos émotions. Il est en charge de nombreuses fonctions dont le management émotionnel, l'encryptage mémoriel (la mémoire à long terme), les imbrications internes entre valeurs profondes, croyances ... Ce système possède de nombreuses connections avec à la foi notre cerveau pseudo-reptilien et notre cortex pré-frontal.

Quand une information arrive au travers de nos cinq sens (visuel, auditif, kinesthésique, olfactif et gustatif), le système limbique est le premier à recevoir l'information. Il peut activer le système nerveux autonome et produire une modification de notre physiologie avant même que notre esprit conscient ne soit au courant de l'information, en particulier lorsque qu'un potentiel danger est perçu. Ce système est intéressant lorsque le danger est réel, comme une voiture qui vous fonce dessus. Vous pouvez déjà avoir sauté sur le bas côté avant même d'avoir réalisé ce qu'il s'est passé, comme une sorte d'intuition qui vous a dit "va t'en". Malheureusement, il existe également de nombreux effets d'adverses, car ce système a initialement été prévu pour vous permettre de faire face à des dangers de type mammouths ou tigres à dents de sabre, et ne fait pas vraiment la différence en termes d'activations émotionnelles avec le trajet du matin, les difficultés financières ou les managers à dents de sabre.

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- Le cortex cérébral, et en particulier la face antérieure nommée cortex pré-frontal, sont le dernier stade de notre évolution et sont en charge des activités cognitives complexes et fonctions executives comme la prise en compte de pensées conflictuelles, déterminer ce qui est bien ou mal, mieux et moins bien, les conséquences futures de nos actions, la mise en place d'objectifs à long terme, la prédiction de résultats potentiels, les attentes en fonction de nos comportements, une partie de l'expression de notre personnalité, et la partie consciente de la prise décisionnelle. Il a un contrôle descendant sur le fonctionnement limbique, à partir du moment où il reçoit l'information. Avec le pouvoir de la visualisation et de l'anticipation, il peut permettre au système limbique de modifier ses modes de fonctionnement, en créant des situations virtuelles de processus émotionnels plus cohérents avec l'atteinte de nos objectifs. Nous verrons cela au travers de techniques comme la projection mentale.

L'indépendance des trois systèmes est désormais totalement remise en cause, puisque nous savons que chaque système s'est totalement interconnecté avec les autres afin de créer un nouveau système à part entière. Malgré tout, certaines composantes de l'aspect évolutif sont restés, en particulier la préactivation limbique bien avant la prise de conscience pré-frontale.

 

Paul EKMAN a défini en 1972 une liste de six émotions primaires qui seraient retrouvées dans toutes les cultures :

- la tristesse, qui nous alerte sur une perte avec un besoin non satisfait de réconfort

- la joie, qui nous alerte sur la congruence entre nos attentes et les résultats obtenus, et qui retranscrit un besoin satisfait

- la colère, qui est souvent la résultante d'une frustration ou d'une incohérence, un questionnement de nos valeurs, avec un besoin non satisfait d'intégrité, de justice, d'équité ...

- la peur, qui nous alerte sur un danger réel ou potentiel, exprimant un besoin de protection

- la surprise, qui survient en cas d'événement innatendu et qui n'a pas encore été interprété comme dangereux ou non, avec un besoin de clarification

- le dégoût, qui nous alerte sur une sustance ou un attitude qui nous répugne, avec un besoin de rejet ou de protection

 

Pendant de nombreuses années (voire siècles), l'idée admise était que pour être efficace et prendre les bonnes décisions, il fallait pouvoir s'affranchir de ses émotions et ne pas les prendre en compte. En fait, il est beaucoup plus intéressant de visualiser le système émotionnel comme un système d'alarme, qui nous alerte sur la satisfaction ou au contraire le manque de cohérence avec nos besoins primordiaux. C'est un peu comme le signal moteur sur le tableau de bord de notre voiture. Quand quelque chose se passe dans notre esprit (consciemment et/ou inconsciemment), nos émotions nous relaient l'information. L'alarme (comme le signal moteur) ne nous dit pas exactement quel est le problème : parfois c'est évident, parfois pas du tout : un conflit de valeurs internes, une frustration par rapport à un besoin primaire non satisfait ... Et, de la même façon qu'avec votre voiture, vous pouvez choisir soit de continuer à rouler, soit de vous arrêter et de comprendre quel est le problème. Pour cela, il y a simplement besoin de quelques connaissances en mécanique. C'est la même chose avec notre esprit. Et c'est le but de ce type de formation : comprendre nos alarmes émotionnelles, savoir comment les prendre en compte et les manager tout en étant capable de réorienter les processus internes inappropriés vers des modes de fonctionnement plus cohérents et efficaces. Tout cela car la mise en place d'un processus émotionnel dans notre corps et notre esprit va fortement influencer notre performance dans l'action. C'est pourquoi une bonne compréhension de ce qu'est une émotion et l'apprentissage de technique de modulation de nos processus émotionnels (relaxation, respiration, dynamisation, visualisation) sont si important. Puisque l'émotion est d'abord inscrite sur le plan corporel, les techniques permettant d'y accéder le sont également, au moins pour la prise de contact initiale. C'est pourquoi les techniques de respiration et de relaxation sont aussi utiles dans les protocoles de développement personnel et d'optimisation des performances, car ils sont une voie d'accès privilégiée pour s'harmoniser avec notre système limbique et entrer en introspection.

 

Les processus émotionnels vont conditionner la façon dont nous nous comportons face à une situation. Si nous nous laissons submerger par le processus, nous risquons fortement de réagir à l'événement en perdant tout contrôle conscient. Si par exemple, nous arrivons devant un multi-victime et que nous sommes submergés par la stupeur ou la surprise, notre cerveau peut switcher en mode automatique (mode de fonctionnement limbique), avec des comportements non cohérents et non logiques dans les circonstances : effet tunnel, massage cardiaque d'un ACR ou mise en place d'intubation sur la première victime, sans prendre en compte les autres ... Si, par contre, nous prenons en compte immédiatement nos alertes émotionnelles, nous les comprenons et nous savons les moduler grâce à des techniques rodées (respiration ...) , nous allons alors pouvoir répondre (et non plus réagir) à la situation et ainsi maintenir un certain niveau de lucidité et une performance optimale (ou tout du moins de meilleure qualité).

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Notre système émotionnel nous informe lorsqu'il y a accord (ou désaccord) entre la vie que nous menons et nos besoins et valeurs profondes. Quand nous ressentons de la frustration, nos alertes émotionnelles vont se déclencher : colère, peur, tristesse, anxiété ... Heureusement d'ailleurs que nous possédons ce système car il nous permet constamment d'apprendre sur nous même, et de savoir si nous sommes alignés avec nos valeurs profondes, ce que nous appelons dans POWER-S notre cohérence interne. Pour cela, les émotions sont essentielles. Le problème, c'est plutôt lorsque nous restons, volontairement ou non, dans un processus émotionnel non productif ou délétère. Chaque processus émotionnel va s'exprimer au travers de modes de fonctionnement, pensées, sentiments, sensations, attentes, filtres et comparaison qui lui sont propres. C'est vrai pour les émotions à connotations positives mais aussi et surtout négatives. Le risque lors d'un processus émotionnel à connotation négative (nous parlons de connotation car nous le verrons dans la formation avancée, il n'existe pas d'émotions négatives à proprement parlé) comme la colère (ou la rage à un niveau extrème) est de rester dans l'expression de cette émotion et de tomber dans des comportements totalement délétère, violents, ou dans la critique, le jugement ... Le problème n'est pas l'émotion en soi, c'est d'y rester et de s'exprimer à travers elle, de la laisser nous submerger pour justifier des comportements de victimisation, de plainte, ou de violence. Nous essayons alors de justifier notre agressivité ou notre fuite. Or, ces deux modes de fonctionnement sont aux antipodes de la croissance et du développement personnel. Tout est question d'apprendre comment aborder une problématique de la meilleure façon, et d'évoluer de façon optimale dans toutes les situations, même les plus délétères.

CHANGER D'ETAT EMOTIONNEL

Il existe de nombreuses façons de modifier ses processus émotionnels. Nous verrons dans les cours avancés tous les processus et possibilités qui permettent de switcher nos états internes, de se les approprier et de les faire fonctionner à notre profit. Dans ce cours sur les fondamentaux, nous souhaitons surtout vous faire découvrir les techniques et avoir une vue générale de leur potentiel. Comme nous l'avons déjà évoqué précédemment, tous les événements de notre vie, qu'ils soient internes (une pensée qui surgit dans notre esprit par exemple) ou externes, vont créer un processus émotionnel. C'est un processus dynamique qui évolue en permanence (c'est pourquoi nous n'employons pas le terme "état"). Et même si nous pouvons rester dans ce processus émotionnel pendant un certain temps (ce qui peut avoir certains avantages que nous nommons "bénéfices secondaires à l'émotion", comme la sensation de montée énergétique dans le cadre de la colère), nous pouvons aussi, avec un peu d'entrainement, switcher quasi-instantanément pour un processus plus adapté à l'action ou la situation en cours. Les conditions étant de comprendre ses processus internes, de connaitre ses marqueurs émotionnels, et de disposer des outils de modulation. Etant donné qu'être dans un processus interne non adapté peut avoir des conséquences désastreuses sur vos actions (et sur votre vie en général), et générer des résultats fortement discordants par rapport à vos attentes, je ne peux que souligner l'importance de la maitrise de ces compétences. Car oui, nous parlons ici de compétences mentales qui nécessitent, comme toute compétence, un apprentissage, un renforcement et une utilisation régulière, en dehors et pendant l'action.

 

Grossièrement, afin de modifier son processus émotionnel interne, il existe trois grandes options :

 

1) Jouer sur sa physiologie : émotion = énergie en mouvement. Chaque émotion est prévue pour vous placer dans une condition physiologique spécifique. Si vous prenez le temps de comprendre les composants physiques qui sont liés à chacune de vos émotions, vous pourrez "ressentir" physiquement l'émotion dès qu'elle émerge, et ainsi switcher votre physiologie.

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2) Changer votre focalisation attentionnelle : vos émotions sont liées à ce sur quoi vous portez votre attention. Vous rappelez vous un moment particulier ou vous étiez particulièrement en colère, ou triste, mais que vous aviez quelque chose de très important à effectuer, de sortes que votre état interne s'est modifié en conséquence (parfois sans même pouvoir vous rappeler par la suite pourquoi vous étiez énervé ou triste) ? Ceci est un simple exemple du pouvoir du changement de focalisation attentionnelle. Si une voiture vous fait une queue de poisson, vous pouvez laisser la colère exploser et partir dans une course poursuite ou vous lâcher sur le klaxon et les appels de phare, ou simplement prendre une grande inspiration, souffler calmement, et tourner votre attention vers le fantastique lever de soleil, ou les branches des arbres qui flottent avec le vent, ou auditivement vers votre musique préférée ...

 

3) Changer le cadre : peut être que votre évaluation initiale de la situation n'était pas vraiment correcte (ni objective). En fait, ceci est vrai dans la plupart des cas, car chaque individu sur Terre vit dans son propre modèle du monde. Si vous changez de point de vue, vous changerez d'état émotionnel. Peut être que le conducteur dans la voiture vous a fait une queue de poisson sans vous voir, pressé d'emmener son fils douloureux et fébrile aux urgences pédiatriques.

 

Nous verrons dans les outils comment travailler sur votre physiologie, en commençant par la base : la respiration. Nous verrons également un outil puissant de changement de focus : l'image de bien-être.